22 mai 2009
Eliza a déménagé
Je n'ai pas encore quitté le domicile conjugal, mais je publie désormais mes pensées ici.
http://elizad.over-blog.com/
19 mai 2009
Dur, Dur, d’être bébé
La fillette, meilleure amie de ma fille, est allongée sur son lit d’hôpital. Elle pleure. Elle a mal. Elle est perfusée par deux poches de fluide : de la morphine pour la douleur et une solution de glucose pour la nourrir.
Sa mère, mon amie Dee-Dee est épuisée, ayant passé quatre jours à son chevet. La petite est allongée sur le ventre, et je lui masse le dos et les épaules. Ses bras sont maigres et fragiles comme les ailes d’un oisillon. Ma fille essaie de faire sourire sa copine.
J’invite Dee-Dee à m’accompagner en bas, boire un café infecte du distributeur à l’accueil. Ainsi on laissera les filles un peu d’intimité pour que la mienne raconte les dernier ragots de la cours de récré à la sienne.
Nous sortons pour qu’elle fume une cigarette. Nos gobelets en plastique craquent sous la pression de nos doigts. Dee-Dee est agitée, nerveuse, fébrile. Ca fait à peine huit mois qu’elle a quitté son mari. Elle m’explique que son ex, le père de Cécile, est en déplacement et ne peut pas encore assurer la relève. Je lui promets de revenir à l’hôpital demain.
Mais le lendemain, Dee-Dee m’appelle pour me dire que le père de Cécile est venu et l’a sortie de l’hôpital. La gamine était épuisée et son père estimait que le manque de sommeil empêchait sa guérison. Il a pris une semaine de congés pour s’occuper d’elle chez lui. Mais Dee-Dee est inquiète, car il ne pourra lui donner de la morphine sous perfusion chez lui.
J’ai eu froid dans le dos, en me demandant si mon mari sera capable d’agir ainsi quand je l’aurai quitté. Si mes enfants vont souffrir de cette façon. Si, face aux incidents graves concernant les enfants, il va agir sans mon accord.
Le soir, je remplis des formulaires d’inscription scolaires pour mes enfants. Comme chaque année, j’éprouve une drôle de sensation en lisant les cases séparées « Adresse du père » et « Adresse de la mère », comme si c’était la norme aujourd’hui. Effectivement, la plupart des enfants de notre connaissance ont deux adresses. J’étais fière, pendant toutes ces longues années, de n’avoir rempli qu’une seule case pour l’adresse du domicile familial. C’est une habitude plus dur à briser que le mur de Berlin.
14 mai 2009
La marée rouge
Qui est cette folle furieuse qui crie sur son fils parce qu’il ne l’a pas obéi ? Et cette vieille mégère qui jure comme un charretier en attaquant son mari, car il n’a pas agi comme elle l’avait précisé ? Je ne la connais pas. Je n'ai pas envie de la connaître.
Aveuglée par un brouillard rouge qui monte tel un rideau devant ses yeux, et assommée par les règles douloureuses et un début de migraine, elle est incapable d’empêcher son explosion de rage et de punir tous ceux qui osent l’approcher.
Victime de soucis, de stress, de déceptions et de fatigue, de tsunamis et contre-courants hormonaux, elle se demande si ces nouvelles sensations internes désagréables pourraient être précurseurs d’une ménopause précoce. Son corps commence à changer, à quitter sa jeunesse à jamais, au même moment que le corps de sa fille, qui entre en puberté, devient si belle, si ronde et douce, une petite femme déjà. Cette femme en miniature évoque une profonde tendresse en sa mère, malgré sa détresse.
Après avoir engueulé et puni son fils (en le privant de son maillot de foot préféré, de télévision et d’internet pendant trois jours), elle pleure dans son oreiller pendant une demie heure. Son mari, pourtant cocu, lui caresse dans le bas du dos pour soulager ses crampes. A travers ses larmes elle aperçoit qu’il a de nouvelles ridules et beaucoup plus de cheveux grisonnants. Plus tard elle se caresse de façon intime, dans l’espoir de ressentir quelque chose. Mais même ses fantasmes préférés l’ont abandonnée. Elle meurt d’envie de revoir son amant, surtout pour lui parler, mais il voyage à l’étranger, en mission professionnelle, brandissant son appareil de photo comme une arme. Elle dort mal, piquée par des remords, entremêlés de la colère et la frustration qui bouillonnent en elle encore.
Au petit matin elle est arrachée violemment de son sommeil par un cauchemar dans lequel son fils tombe du haut d’un escalier pour atterrir sur sa tête. Est-ce possible que je l’ai poussé ? Gisant sur le sol, il est entouré d’énormes flaques de sang qui brillent. Elle sursaute du lit, paniquée, et trempée de sueur, la bouche sèche et aride. En buvant de l’eau dans la cuisine, elle est consolée par un orage violent dehors: les coups de tonnerre claquent contre la terre avec beaucoup plus de puissance qu’elle ne dépense pendant ses crises de colère ridicules.
Son comportement puéril la scandalise. Ne dit-on pas que les personnes âgées et séniles entrent dans une seconde jeunesse ? Elle se retrouve bel et bien sur le chemin, au carrefour devant un panneau qui indiquent quatre voies : Jeunesse - derrière elle et en sens unique, ce qui lui laisse le choix entre Vieillissement en dignité (mais fadasse), Vieillissement en s’amusant (vulgaire), ou La Voie de l’Auto Destruction (l’obtention de tous ses désirs, mais à quel prix ?).
Vivement demain, que je pense à quelque chose de plus gaie !
11 mai 2009
Une noce anglaise
Il a fait un très beau temps. Les dames d’un certain age resplendissaient sous leurs bibis façon « Reine Mère ». Les jeunes femmes étaient belles et élégantes. Même si c’est vrai que les anglaises en générale ont du mal à s’habiller de façon quotidienne avec autant d’élégance que leurs cousines françaises, néanmoins pour un mariage elles réussissent à épater tous, même les critiques au regard le plus sévère. Les chapeaux magnifiques, les robes légères et fluides, les talons hauts et les couleurs gaies ou pastels étaient au rendez-vous.
A 15h00 la congrégation et le futur marié attendaient patiemment dans une petite église médiévale. La future mariée, à son arrivée dans l’église, au bras de son père, a versé une ou deux larmes d’émotion dès qu’elle vu sa famille et ses amis. La cérémonie fut brève et belle, et s’est déroulée sans se faire interrompre par des pleurs de très jeunes enfants, qui était tout simplement absents. Le Best Man (le témoin du marié) tenait précieusement les alliances et la Matron of Honour (la témoin de la mariée) s’occupait du bouquet de fleurs de la mariée pour la permettre de recevoir son alliance et de signer le contrat de mariage. Il n’y a pas de passage obligatoire à la mairie en Angleterre. Les papiers peuvent être signés dans l’église, ou au Registry Office, ou dans tout hôtel ou institut qui détient une autorisation officielle pour un mariage purement civil.
En sortant de l’église, nous observions la première séance officielle de photos, avant de nous rendre à un hôtel de luxe pour le Wedding Breakfast et le bal. Les jeunes mariés ont été reconduits en Rolls Royce, sobrement décorée d’un seul ruban en soie blanche. En Angleterre les invités ne décorent pas leur voiture, et on n’exprime pas sa joie avec des grands coups de klaxon comme en France. La mariée n’a pas jeté son bouquet de fleurs vers la foule, comme le veut la tradition, mais elle l’a gardé pour orner la maison de sa mère.
Les jeunes mariés et leurs parents sont arrivés à l’hôtel en premier et nous attendaient alignés à l’accueil : ils constituaient le Receiving Line. C’est une coutume très sympathique pour un grand mariage, car nous étions 150 invités. Cette tradition nous permet à chacun d’embrasser les mariés et de nous faire présenter à leurs parents de façon formelle. La mère de la mariée nous a remercié d’être venus, et le père nous a indiqué le bar !
Toutes les belles robes des femmes (sans oublier la kilt des deux invités écossais) ont été parfaitement mises en valeur par le cadre. C’était l’ancienne demeure, datant de 1810, d’un comte anglais. La maison en vielles pierres est entourée d’un parc de 20 hectares. Le parc rayonnait vert tendre et affichait fièrement ses magnolias géants et rhododendrons luxuriants. Pendant la séance (très longue) de photos officielles, sur un fond magnifique de jardins formels, avec vue sur un beau lac, on nous servait du café, du thé, et des petits sablés. Ce n’était pas exactement un vin d’honneur comme en France, mais ça occupait les enfants et nous donnait des forces pour la suite...
Le Wedding Breakfast (rien à voir avec le petit déjeuner) a commencé à 18h00. La cuisine était excellente, aussi bonne qu’en France. En entrée, une petite salade de feuilles vertes, de fines tranches de poulet fumé, un œuf de caille, et une tuile de parmesan décoré d’une réduction de vinaigre balsamique. Ensuite, des tranches de gigot d’agneau écossais étaient servies saignantes. Les femmes à ma table n’ont pu les manger, elles préfèrent leur viande bien cuite ! Elles se contentaient des pommes dauphinoises et des haricots verts très fins. Le vin rouge d’Italie était excellent.
Par contre, je pense que les anglais n’ont pas encore appris à prendre leur temps pour déguster un bon repas. Ils se sont jetés sur l’entrée sans se souhaiter « Bon appétit », que moi j’ai fait, malgré moi. C’est une habitude française dont je ne peux me passer. Ils ont tous mangé très rapidement, comme s’ils étaient à la cantine de Renault, et je me sentais bousculée par les serveurs qui voulaient prendre mon assiette très rapidement, afin de respecter le rythme des autres.
Pire que ça, ils ont servi les flûtes de champagne beaucoup trop tôt : avant de boire le champagne, la politesse exige que l’on doit d’abord attendre les discours traditionnels du père de la mariée, du marié et du Best Man. En fait, leurs discours sont ponctués de demandes de lever notre verre à la santé de la mariée, leurs parents, et divers individus qu’ils souhaitent remercier. Hélas, le moment enfin venu, le champagne n’était plus suffisamment frais et manquait cruellement de bulles. Mais peu importe ! Les discours étaient très émouvants, drôles et spirituels à la fois, sans jamais tomber dans le vulgaire. Après le repas on nous priait de nous installer confortablement dans le Drawing Room (certains sont passés au bar), le temps qu’ils rangent les tables, et dressent une piste de danse et l’orchestre.
A 21h00 les jeunes mariés ont coupé le gâteau traditionnel : pas de choux caramélisés en pièce montée, mais trois immenses carrés blancs en gradins.
Le gâteau est un cake anglais très riche en fruits secs et épices, recouvert d’une fine couche de pâte d’amandes et ensuite d’un glaçage au sucre. L’avantage de ce gâteau est qu’il se conserve très longtemps, et des parts peuvent même être expédiés aux parents et amis lointains qui n’ont pu assister à la noce.
Il n’y avait pas de jeux à table, les invités n’étaient pas priés de chanter ou de jouer un sketch, et personne n’est allé embêter réveiller le jeune couple avec une soupe à l’oignon au petit matin, mais c’était un événement formidable tout de même. L’ambiance de la journée vacillait entre le conte de fées, des moments très formels et protocolèsques, et des bons moments de détente et de retrouvailles avec des cousins et des amis de longue date. A recommander !
29 avril 2009
La barbe de Geoffrey
J’ai entendu sa voix mélodieuse avant qu’elle n’arrive pour me servir un plateau de fromages et un verre de vin rouge. J’ai détourné à contrecoeur mon regard de mon livre, et je m’apprêtais à lui dire « Merci Madame » avec un sourire poli. Mais, à ma grande surprise, la voix délicieusement féminine appartenait à un jeune homme, impeccablement habillé en costume élégant et nœud papillon, ses chaussures derby brillantes de cire. Confuse, je lui ai simplement dit «Merci ! »
Il est repassé me servir plusieurs fois et je n’ai pu m’empêcher de l’observer discrètement (je l’espère), car son apparence soignée me fascinait. Malgré son teint lumineux (un léger maquillage ?), sa peau lisse, ses cils courbés, sourcils parfaitement épilés et ses mains fines et douces, il portait la barbe, une vraie barbe, impeccablement taillée et très à la mode : un trait très fin qui traçait le contour de sa mâchoire. Le seul bémol pour gâcher sa perfection : son parfum très fleuri et hélas ! beaucoup trop corsé.
Avec son gabarit de femme et ses fesses bien arrondies, malgré sa ligne filiforme, conjugués à la manque d’une pomme d’Adam, j’ai conclu que cette charmante jeune personne était probablement un transsexuel. J’étais en admiration devant sa confiance et son aise dans un métier où il est exposé au regard du public toute la journée. Je ressentais une curiosité intense. Comme j’aurais aimé pouvoir papoter avec lui et lui poser toutes sortes de questions sur sa vie intime. Je voudrais savoir si sa vie a été très difficile, s’il s’est fait opéré, et quel genre de soutien ou d’opposition familiale il a pu vivre.
Geoffrey, votre élégance m’a touché, le temps d’un après-midi en transit. J’espère vous croiser de nouveau un jour. J’espère que j’aurai le courage de vous aborder, si je trouve des paroles suffisamment délicates.
27 avril 2009
La galanterie
J’ai passé un week-end formidable sur une péniche à Amsterdam avec neuf américains. Les homes étaient d’une galanterie charmante. Je me sentais toute bête et confuse par leurs attentions, car je n’en avais plus l’habitude. Michael a porté ma valise pendant le trajet de vingt minutes à pied de la gare jusqu’au quai d’amarrage.
Jerry me tenait toujours les portes en entrant dans des restaurants, et me laissait passer devant lui, en inclinant gracieusement sa tête, avec le sourire en plus.
Au restaurant Ken surveillait mon niveau de confort et convoquait le serveur plusieurs fois afin de lui demander un verre d’eau ou une serviette « pour la dame ». J’ai ronronné de plaisir.
La jeune Eliza, en tant que féministe pure et dure, n’aurait pas apprécié ces attentions autant ! Mais la grande Eliza bien mûre, usée par les enfants, par le temps qui passe et l’indifférence conjugale, elle a adoré se sentir choyée, fragile et féminine.
Je n’en avais plus l’habitude, car mon mari ne pratique plus ce genre de courtoisie. Au retour, je suis arrivée à la gare de mon village tard la nuit. Mon mari est venu me chercher en voiture, certes, mais il m’attendait dans la voiture, au parking à l’abri de la pluie et j’ai porté ma valise toute seule le long du quai, dans l’escalier qui descend dans la voie souterraine et qui remonte à l’autre côté du chemin de fer. Quand il m’a vu approcher, il a déclenché l’ouverture du coffre, sans quitter son siège pour m’aider a rentrer mon fardeau dans le coffre.
J’en étais assez vexée, et j’ai hésité à lui offrir le gri-gri coquin (mais pas très classe) d’Amsterdam, pour le punir. Mais finalement, j’ai estimé que ce cadeau vulgaire, qu’il osera exposer uniquement au bureau, et non pas à la maison, lui vaudra quelques moqueries de ses collègues. Une belle petite revanche pour moi.
23 avril 2009
Denis, Denis (avec tes yeux si bleus)
Il est mince, brun, pas particulièrement grand, se porte avec élégance (surprenant pour un australien !), et les traits de son visage me plaisent terriblement : le front, les pommettes et le menton sculptés et résolument masculins, mais la bouche généreuse et sensuelle. Il a le sourire facile et trouve de l’humour partout, malgré sa vie difficile et ses finances précaires. Divorcé d’une française, il a un fils de treize ans. Quand il habitait mon village, on se promenait souvent dans le bois avec nos enfants et j’avais donc l’habitude de le voir en vieux jean et baskets, le tee-shirt tâché, les cheveux toujours en désordre.
Lundi dernier nous nous sommes retrouvés le soir à Paris et il sortait du travail, habillé en costume taupe et chemise blanche (pas de cravate). La coupe de son costume lui allait parfaitement et accentuait la finesse de ses membres. Ses cheveux châtains, épais et mi-longs, sans doute bien coiffés le matin, avaient retrouvé leur adorable désordre.
Il parle beaucoup. En conversation il a la parole mesurée, délibérée et il tourne souvent autour du pot, se laisse éloigner dans des déviations loin du sujet. Il est souvent en retard. Il rate des trains, subit des catastrophes d’organisation, et vit en général de façon tête en l’air. Il me fait penser au Professeur Tournesol (avec la coiffure d’Albert Einstein). Tout ça est extrêmement frustrant pour quelqu’un de rapide et hyper-organisé comme moi. Mais je l’adore et j’ai même une vague envie quelconque de m’occuper de lui. Je lui prépare des bons plats de temps en temps. En célibataire endurci, il se débrouille en cuisine, mais il est toujours très heureux de manger des bons plats faits maison chez-moi.
Il pratique le tai-chi, adore le grand air et la nature et déteste vivre à Paris. Mais son désir d’être géographiquement plus près de son fils l’a poussé à quitter notre village pour s’installer dans un minuscule studio au cœur du quartier chinois, il y a deux ou trois ans. Je l’admire énormément pour son dévouement paternel.
Toutes ses affaires dans son studio sont bien rangées, et la kitchenette contient le minimum de batterie, juste ce qu’il faut. L’appartement est agréablement lumineux, surtout depuis qu’il a peint les murs en couleurs claires. Un meuble rouge et noir, ainsi qu’une parure de lit indienne qui déguise son vieux canapé en tons de rouge et orange, se complémentent et rehaussent l’espace principal du studio de façon très gaie. La simplicité nécessaire dans un si petit domicile me plait et je trouve très agréable d’imaginer ma future existence similaire à la sienne.
Sa chambre est austère, contenant un grand lit, un placard, un bureau et un ordinateur. La sévérité du décor et les murs blancs est soulagée par un seul tableau accroché au mur : le torse d’une femme nue, très belle, sa chair et ses beaux seins enduits en beige, rose et marron clair, contrastés par un fond bleu ciel. Mais, comme une photo mal émargée, le fait que la femme manque de tête dérange un peu.
Comme beaucoup d’anglo-saxons des Antipodes, il démontre une réserve, presqu’une manque d’assurance avec les femmes, qu’on ne retrouve pas souvent chez les hommes français. Je n’ai jamais essayé de le séduire, malgré mon envie dans le passé. Nos fils sont copains. Je me suis retenue.
Lundi soir, je me suis enfin confiée à lui au sujet de mon infidélité, mon nouvel amour, mon bonheur. C’est un immense soulagement de pouvoir parler ouvertement de mon amant. Denis est content pour moi. Il se disait que j’avais changé, que j’avais l’air heureux. Nous avons une belle amitié.
21 avril 2009
Le fameux franc-parler français
Belle Maman : Bonjour Eliza ! (bise, bise)
Eliza : Bonjour Mamie ! (bise, bise)
Belle Maman : Tu as été chez le coiffeur ?
Eliza : Oui, je lui ai demandé de me faire une coupe dégradée, pour changer un peu de tête, mais tout en gardant la longueur.
Belle Maman : Oh, mais ça ne te va pas du tout ! Tu as les cheveux trop fins pour une dégradée. Tu aurais dû faire refaire le carré.
et VLAN !
Pourtant, elle se trompe. Je suis très belle avec ma nouvelle coupe. Tout le monde le dit !
Ma propre mère ne m’a jamais fait des remarques dans ce genre. Quelquefois je me dis que je ne devrais pas m’étonner que mon mari est comme il est.
16 avril 2009
Dinner is served
Lors d’un dîner avec mes collègues et leurs conjoints, j’éprouvais un peu de regret à l’idée de les quitter dans quelques mois. Nous étions onze français, une espagnole et une anglaise. La soirée s’est déroulée de façon que j’appellerais très français, c’est à dire, une bonne ambiance, du bon vin, de la conversation très vive et animée de gestes hilaires et amusants, mais surtout nous sommes restés à table des heures durantes.
Bien que le repas fut servi strictement à la française, c’est-à-dire que l’apéritif, l’entrée, le plat principal, la salade, le fromage, le dessert et le café se succédaient comme il le faut, l’ambiance était très décontractée et nous sommes restés à table de 21h00 jusqu’à minuit. Les dîners chez mes compatriotes sont en général moins longs et un chouïa plus formels (bizarrement, le fromage est servi après le dessert). Les français prennent vraiment le temps de déguster et apprécier chaque plat.
En plus, on se couche plus tard en France ! Mon premier Noël et mon premier réveillon du 31 décembre en France m’avaient épuisée, car le repas n’a commencé que vers minuit. En fait, l’apéritif en France est une astuce maligne qui sert surtout à nous faire patienter. Ensuite, la pause entre les plats différents peut être très longue, à cause des conversations passionnantes.
Etant handicapé par une bronchite ce soir-là, je n’ai pas beaucoup parlé, mais j’ai adoré écouter ces jeunes gens intéressants. Chacun avait des anecdotes sur ses voyages, ses collègues et sa famille, et chaque conversation se ponctuaient de rires joyeux. J’aurais aimé pouvoir suivre toutes les conversations qui se déroulaient en même temps, mais je ne disposais que de deux oreilles et d’une (petite) tête, hélas.
Mon libido étant actuellement irrépressible, apparemment, je n’ai pu m’empêcher d’observer minutieusement (mais discrètement, j’espère) chaque homme présent et trouver des détails physiques chez chacun qui me plaisaient énormément. Celui-ci a des belles mains, dotées de doigts longs et fins, comme un musicien. Celui-là est beau de partout, avec une bouche sensuelle dont je m’imaginais délecter avec appétit. Un autre encore rayonne de jeunesse et possède un sourire d’ange (et un corps diablement sexy). Je me demande s’il serait tenté par une femme d’un certain âge pour lui donner des cours particuliers en amour …
L’une des femmes est très belle et drôle, elle me plaît physiquement, et je suis très attirée par sa douceur. Je me permettais de lancer un court-métrage érotique dans ma tête pendant qu’elle nous racontait son week-end dans le nord : elle, moi et mon amant, un petit ménage à trois… Comme j’aurais aimé pouvoir tourner la conversation vers les relations sexuelles et lancer un débat sur le différences entre les amants de nationalités variées.
Mais, ces braves gens, je vais les quitter et je me lancerai sur le marché de la traduction, à Paris. J’ai un tel besoin de m’épanouir professionnellement et ce n’est pas à l’âge de 50 ans que je vais changer de métier. C’est maintenant ou jamais ! J’ai peur, mais je me sens stimulée par l’idée d’un si grand changement dans ma vie. Un changement qui me donnerait du courage, une sorte d’engrenage positif, afin de m’évader de ma prison conjugale et démarrer ma nouvelle vie de célibataire joyeuse.
15 avril 2009
My Great Dane
Mon amant, mon Grand Amant actuel, celui que j’aime, et qui a changé ma vie, est danois. Il m’a accompagnée, dès notre première nuit ensemble, à un niveau de sensualité que je n’ai jamais connu auparavant. Il était tendre, doux et patient, mais aussi très dynamique, inventif, et il frôlait presque le brutal – sans pour autant être violent. Il est une révélation pour moi.
Il parle beaucoup, et me pose beaucoup de questions sur ma vie, mes amis, mon mari et mon plaisir. Il est curieux de tout. Lors de notre première fois, il m’a déshabillée lentement, et ensuite il voulait que je me caresse devant lui, que je me fasse jouir ; il m’étudiait et il voulait comprendre comment faire.
Toute cette attention minutieuse et son regard pénétrant sont très, très bizarres et nouveaux pour moi. Les aventures que j’ai eues avec des amants français, et mes relations avec mon mari français sont « plus dans l’action et moins dans le bla-bla ».
J’ai toujours admiré les français de ma connaissance pour leur franc-parler, et le fait qu’ils ne jouent pas le jeu britannique de la politesse coûte que coûte, par peur de déranger ou offenser. Par contre, Lui, il ne recule devant rien, il entre vraiment dans le détail et me parle ouvertement aussi de ses propres soucis, et ses angoisses. Aucun amant français n’a fait l’effort de me connaître au fond, pas autant que mon danois. C’est enivrant et déstabilisant.
09 avril 2009
Audace (fin)
La bonne fée de l’adultère (si, si, elle existe) a veillé sur moi. Jamais je ne m’étais sentie aussi angoissée et sceptique quant au dénouement de mon escapade. Il y avait tant d’éléments qui pourraient mal tourner. Et pourtant, jamais mes démarches ne s’étaient aussi bien déroulées, pour donner entière satisfaction à toutes les parties concernées.
Mon fils se portait très bien chez Mamie et son « gastro » a guéri tellement vite qu’elle a pu l’inviter au restaurant manger son plat préféré : des huîtres crues.
Ma fille s’est extrêmement bien amusée avec sa meilleure copine (« C’était top! »). Elles ont même trouvé le temps de faire leurs devoirs ensemble. Elle m’a envoyé un ou deux textos du genre « J’espère que tu t’amuses autant que moi Maman ! »). J’ai pu lui répondre que oui, effectivement je m’amusais beaucoup. Je suis prête à parier que j’ai même éprouvé plus de plaisir qu’elle…
Mon mari a profité de la maison silencieuse pour dormir et guérir. Ma honte s’est donc transformée en soulagement, pour ensuite devenir carrément une vertu.
Pour couronner le tout, j’ai eu un train deux heures plus tôt que prévu, pour rejoindre mon amant. Deux heures de plus dans ses bras, à me blottir contre lui, nue comme un ver. Enfin nous étions nus comme deux vers, mais beaucoup plus séduisants.
En arrivant à l’hôtel j’ai fait semblant de préférer admirer la vue de la fenêtre ouverte, qui donnait sur une charmante petit place, plutôt que me jeter dans ses bras. Ma nonchalance l’a provoqué à une quête acharnée d’attirer mon attention. Il m’a déshabillé avec soin et il s’est livré à une exploration approfondie de mon corps. Je me suis détendue pour la première fois depuis trois jours. J’ai eu un moment d’hésitation à le laisser me regarder si près, en plein jour. La lumière forte est si cruelle pour une femme de mon âge. Mais ses compliments et ses paroles douces me rassurent et laissent s’installer en moi une aisance jamais connue auparavant.
Ma passion pour lui m’a incitée à une grande première personnelle : de l’exhibitionnisme. Malgré (ou grâce à) la présence d’immeubles en face, nous avons laissé grands ouverts les rideaux, même la nuit quand notre chambre était illuminée. J’espère sincèrement que les voisins ont apprécié le spectacle.
Mon amant a tellement apprécié mes efforts pour venir le voir, malgré les difficultés, qu’il m’a remercié avec tendresse et dévouement. Malgré sa gratitude, il a trouvé bon de me faire une fessée torride. Les claquements de sa main contre ma fesse ont résonné dans toute la pièce. J’ignore si c’était la sensation de ma chair sous sa main, l’acte même qui excite mon amant, ou plutôt mes halètements audibles et les coupements de souffle dont j’ai souffert. La sensation cuisante sur ma peau a été ensuite soulagée par des grandes caresses circulaires. Le plaisir pour moi se procure par ces trois étapes : la douleur soudaine qui surprend, la douce caresse qui soulage, suivi par l’anticipation de la prochaine claque.
Mon amant sait qu’il a le droit de laisser quelques traces coquines sur mon corps, car mon mari ne me fait l’amour que dans le noir, en pyjama, et dans notre lit conjugal. Il ne m’a pas vue nue depuis des années. Donc, mes camarades de danse étaient assez surprises d’apercevoir une morsure distincte sur mon dos pendant l’essayage des costumes cette semaine. Elles doivent croire que j’ai un mari très viril.
C’était physiquement dur de le quitter, si ferme était son étreinte à mon départ. Je revis encore et encore la merveilleuse sensation de ses bras autour de moi et ses lèvres contre ma nuque. Mon audace a valu l’enjeu.
08 avril 2009
Audace (suite)
Samedi matin, ma fille partie chez sa copine, j’ai pris un grand bain. Je n’osais pas y rester trop longtemps, par peur que mon mari me soupçonne de quelque chose. Mais l’envie de retrouver mon amant « en état », c’est à dire, ma peau lisse et soyeuse, mes cheveux brillants et souples, mon maquillage léger mais soigné, régnait. J’ai fait le plus vite possible.
L’avantage du mari malade et à moitié endormi m’a permis de transférer mon petit sac (une pièce à conviction) de sa cachette jusqu’à au coffre de la voiture. J’ai effectué subterfuge sur subterfuge. Ruse sur ruse. J’ai dû guetter tous ses mouvements, je tendais l’oreille sans cesse.
J’ai bousculé mon fils pour qu’il soit prêt à l’heure. J’avais un train à prendre ! Il me faisait le coup de l’ado boudeur et j’avais l’impression qu’il traînait rien que pour m’embêter. Quand il m’a dit qu’il avait mal au ventre, je ne voulais pas le croire.
Il m’a dit « Mais Maman, j’ai la diarrhée… »
O non, non, pitié, pas un enfant malade, pas maintenant…
J’étais tellement prise dans l’engrenage pour accomplir mon désir, que rien, mais rien, ne ne m’empêcherait de partir. Je lui ai répondu que justement, il serait mieux chez Mamie qui s’occuperait bien de lui, tandis que s’il restait avec son père, il serait obligé de se préparer à manger tout seul et en plus, il s’ennuyerait certainement.
Il était enrhumé certes, et il avait l’air pâle, mais pas gravement malade quand même. Il (comme son père) a crié au loup trop souvent dans le passé, et je me suis fiée sur mes instincts. Un sentiment profond de honte et culpabilité est apparu dans mon cerveau, mais je l'ai bloqué fermement. J’ai traversé l’Ile de France en train avec mon enfant, potentiellement malade, en priant à un dieu auquel je ne crois pas, que tout se passerait bien pour nous deux.
07 avril 2009
Audace
Mon mari était malade. Mon amant m’a convoquée avec très peu de préavis. Il serait à Paris pour le week-end. Il avait envie de moi. Je devais agir très vite. Je ne voyais pas comment j’allais pouvoir laisser mes enfants avec leur père. Mais il fallait que je trouve une solution.
J’ai mis en place tout un plan d’attaque. J’ai réservé une nuit d’hôtel pour le samedi soir. J’ai appelé ma belle-mère et je lui ai demandé si elle pouvait garder mon fils une nuit, car mon mari était trop malade (et trop grognon) pour s’occuper des enfants, et moi, j’ai été invitée à une grande fête à Paris à laquelle j’avais tellement envie d’assister... Elle en serait ravie.
Ensuite j’ai appelé mon amie Dee-Dee. Nos filles sont Best Friends en ce moment. Je lui ai raconté ma mensonge d’une grande fête à Paris, et elle était d’accord pour garder ma fille durant le week-end. Officiellement elle n’est pas au courant de mes infidélités. Mais elle sait parfaitement que mon mariage bat de l’aile. Elle vient de reprendre sa liberté elle-même, et elle a certainement ressenti mon enthousiasme le jour où j’ai admiré son nouvel appartement de « célibattante ». En m’encourageant d’y aller, elle a tellement insisté sur le fait que je devrais profiter de ma soirée, prendre du plaisir, revivre ! , que je me demande si elle voit mon adultère gravé sur mon front.
J’ai rappelé l’hôtel pour confirmer que notre chambre aurait bien un grand lit et non pas deux lits jumeaux. J’ai réservé des billets de train. J’ai préparé un petit sac d’accessoires coquines et de jolis sous-vêtements, que j’ai soigneusement caché.
J’étais en apnée, tremblante, mon cœur battant trop vite, pendant 48 heures.
26 mars 2009
'Jane Birkin' fait faire sa mammographie
Je suis toujours déçue, après vingt ans en France, quand des gens ne reconnaissent pas que mon accent en français est presque parfait, et m’annoncent sur un ton de grand découvert miraculeux :
- Aah ! Vous êtes anglaise, vous !
Ma réaction est toujours d’avouer tristement, que c’est effectivement le cas, et que mon accent anglais, pourtant très léger, m’a néanmoins trahie une fois de plus.
- Mais non, votre accent est charmant, ne le perdez surtout pas !
Les gens ne comprennent pas que quand on a fait des années d’études, et qu’on est fière d’avoir pratiquement maîtrisé la grammaire, l’orthographe, l’argot, le verlan et le ch’ti, ben, on voudrait aussi avoir un accent parfaitement français. Aujourd’hui à l’hôpital, la dame à la caisse, la secrétaire en radiographie et le médecin m’ont tous les trois accusée, avec un enjouement strictement injuste, d’être anglaise.
Bien que j’ai déjà subi trois fois dans ma vie la gêne extrême de me retrouver torse nu devant des inconnus, d’emberlificoter presque tous mes membres intimement dans les tentacules d’une machine froide et futuriste, pendant qu’un « manipulateur en électroradiologie médicale » (avec autant de personnalité qu’une petite cuillère) me manipule les seins, me baisse les épaules, me tourne la tête complètement vers la gauche à un angle tel que même un professeur de yoga ne le réussirait pas avec toute la volonté du monde, aujourd’hui ce fut encore un choc de ressentir la douleur quand l’instrument de torture l’appareil de radiographie m’a remodelé les seins en masse cubique afin d’immortaliser quatre clichés (de face et de profil). J’avais effectivement oublié combien ça fait mal. Si on se souvenait de la douleur exacte chaque année, ben, on cesserait d’être vigilantes.
J’ai dû attendre une dizaine de minutes, toujours les seins à l’air, dans ma petite alvéole d’abeille (cabine d’essayage), que le médecin se décide s’il y avait quelque chose qu’il devrait voir de plus près. Hélas oui, il m’a invité à venir participer au parti de plaisir plus connu sous le nom d’échographie des seins.
Dans la vie, quand j’ai le choix, je préfère consulter une doctoresse pour regarder et palper mes parties intimes. Bien que mon cerveau d’adulte reconnaît que le métier de gynécologue est très digne et estimable, que les parties génitales sont des organes comme des autres, et qu’après deux accouchements quand même, laisser tomber sa culotte et écarter ses cuisses devant chaque passant vêtu de blouse blanche relève de situation presque banale, mon cerveau de jeune fille trouve ça suspect et un peu beurk, qu’un homme choisirait de devenir gynécologue.
Alors, je n’ai franchement pas apprécié que le médecin qui m’a palpé les seins et m’a recouvert le torse d’une couche épaisse de gel afin de passer la sonde, m’a fait en même temps beaucoup de grands sourires, et a entretenu une conversation interminable sur mes origines, ma présence en France, ce que je pense des français, etc. Il voulait sans doute me mettre à l’aise, mais j’aurais préféré un médecin plus austère, plus impersonnel et moins bavard - moins humain - en fait.
L’inévitable conversation sur Jane Birkin a été entamée. Le médecin m’a assurée qu’elle exagère son British accent exprès, pour renforcer son charme. Moi, je l’ai assuré que je mène une lutte acharnée de perdre le mien, pour renforcer mon charme.
A la fin de l’échographie, il m’a libérée avec l’heureux verdict décrétant qu’il n’y avait absolument rien à signaler au niveau des seins. Pour fêter ceci, il m’a décorée de deux feuilles de Sopalin pour que je m’essuie le gel. La situation d’être seins nus devant un homme que je ne connaissais pas et qui m’avait longuement tripoté les seins, d’être en train d’enlever le gel de mes seins avec de l’essuie-tout, m’a évoqué bizarrement et bien malgré moi, une scène d’amour. C’était le geste d’essuyage, de se nettoyer la peau qui a déclenché cette image involontaire dans mon petit cerveau tordu… Mon Dieu, vivement que je reprenne le travail ce matin, et la banalité de mon train-train quotidien…
25 mars 2009
Baume doré
Je passe devant une maison qui fait l’angle de deux rues, en banlieue. La maison et son terrain, en pente, sont très hauts, par rapport au trottoir, et sont coupés du monde par un mur de béton peint en… je ne sais pas, au fait. Ni gris, ni beige, mais un ton pastel neutre, sans caractère. C’est une façade austère, très haute et raide, dont la ligne horizontale continue du haut du mur est interrompue par quelques arbustes dénudés et tristes. L’apparition soudaine, perçue au coin de l’œil, d’une profusion de petites fleurs jaunes sur le forsythia me rappelle la bonté botanique qui va se manifester ici, à l’angle de ces deux rues sinon banales. Le forsythia illumine le gris d’un jaune vif exultant, presque vulgaire. C’est un affront à l’hiver, qui a osé perdurer si longtemps.
En mai, il y aura du lilas blanc et mauve, très parfumé, et en juin le cerisier va laisser pendiller ses bijoux écarlates juste au dessus de ma tête (mais hors de ma portée, diable !). Et le clou du spectacle sera la floraison des roses jaunes claires en juillet et août.
Chaque hiver, je passe devant cette maison et j’oublie la beauté potentielle de ce mur. Et chaque printemps la floraison du forsythia me la rappelle.
Le fait que j’ai passé quelques années de mon enfance dans un pays chaud, qui ne connaît ni automne, ni printemps, seulement une longue chaleur suivie par un vague refroidissement en « hiver », veut dire que je supporte mal le vrai hiver européen. Donc, dès la première apparition des fleurs de printemps et quelques rayons de soleil timides en France, je la vis comme un miracle. C’est un baume pour la douleur et les plaies laissées par un hiver rude.
24 mars 2009
Petite conversation conjugale, amicale et complètement inhabituelle
Je rentre du travail épuisée, affamée. Belle surprise : mon mari a mis des lasagnes surgelés au four, donc je n’ai qu’à préparer une salade. Je me sers un grand verre de vin en apéritif pour me détendre et je m’effondre sur le canapé. Les enfants sont dans leurs chambres, en train de finir les devoirs.
- Tu picoles avec moi ? je lui demande.
- Non, pas en semaine.
- T’es Mormon, ou quoi ? Viens t’asseoir à côté de moi et raconte-moi ta passionnante journée de travail (sur un ton sarcastique).
Il est agréablement surpris. D’habitude son travail ne m’intéresse pas énormément.
Trente minutes de bla-bla-bla plus tard, Monsieur Gadget consulte sa montre / baromètre / radar / couteau suisse / détecteur de présence ennemie, et dit :
- Tiens, le four aurait dû sonner déjà.
Mais il ne bouge pas du canapé.
- Dis-donc, j’ai peur pour l’état de tes lasagnes. Fais quelque chose !
- Je vérifie d’abord l’altitude… (en regardant sa montre)
- Au cas où ! (on attrape tous les deux le fou rire).
Je suis détendue. Mon esprit plane un peu. Je pense à mon amant, à mes projets, à mon envie de mener ma vie à moi, sans mon mari, et je verse une petite larme discrète. Comment puis-je continuer à faire semblant, de jouer ce jeu débile de la Happy Family ? Quand je le trompe, quand je vais chambouler complètement notre vie commune, et celle des enfants ? Et pourtant j'y arrive : à mettre mon masque, à jouer le jeu. J’ai pitié pour lui. J’ai peur pour moi. Je suis traître. Je suis terriblement humaine. Je cherche ma place. Je mérite mieux. J’ai tant à donner, mais plus à lui.
23 mars 2009
Taquinerie
Une chose m’a vraiment marquée après seulement quelques mois en France. Les garçons et même les hommes français dans mon entourage prenaient un vilain plaisir à taquiner les filles et les femmes. Je parle tout simplement de ce jeu fâcheux et débile qui consiste à nous tirer les cheveux, ou de nous piquer, à répétition, dans le dos du bout d’un bâton quand on se promène dans le bois.
Même aujourd’hui, mon mari trouve très drôle de dire à ma fille ou moi-même :
- Ô, regarde, t’as une tâche là sur le col !
Et il pose son doigt en même temps sur notre col, juste en dessous du menton. Naturellement on a le réflexe de baisser sa tête pour essayer de voir, et hop ! il nous fait une chiquenaude au bout du nez. Très drôle la première fois, moins drôle la deuxième et pas drôle du tout ensuite…
Je déteste particulièrement être agressée par quelqu’un par derrière, de sentir des mains inconnues me couvrir les yeux, et que je sois censée deviner qui me provoque de cette façon idiote. Ma solution est de tendre ma main rapidement derrière moi pour attraper et pincer bien fort peu importe quelle partie de l’anatomie qui me tombe sous la main.
Mon frère ne m’a jamais tourmentée de cette façon, ni mon père, ni mes copains. Mais mon mari et mon fils en sont coupables. Je n’en vois pas l’intérêt, à part d’humilier ou énerver la taquinée. Moi, j’ai beaucoup de respect pour l’humour pointu, spirituel et sophistiqué, mais pas pour ce passe-temps puérile et sans intelligence. Si je dois deviner pourquoi ils insistent, je suppose que c'est parce qu’ils ne savent pas s’exprimer autrement.
Je ne critique pas bien sûr, le jeu délicieux où un homme taquine une femme dans un jeu de séduction, ni la pratique de « avance, recule, avance » pendant une pénétration sexuelle, ce qui peut être très très, très excitante.
21 mars 2009
La passion
Je me suis promenée au bord de l’étang à midi, sous un soleil printanier presque chaud. J’ai croisé un couple de jeunes qui s’embrassaient avec passion sur un banc. Le jeune homme était assis et elle le chevauchait, enfourchant de ses cuisses.
Même de loin j’ai pu voir que les cheveux longs de la jeune femme n’étaient pas suffisamment longs pour cacher les mains de son amoureux, qui lui tenait fermement par les fesses. J’ai pu entendre leurs gémissements. Elle s’appuyait fort contre lui et se tortillait de plaisir.
S’ils n’avaient pas été entièrement habillés, on aurait pu supposer qu’ils faisaient l’amour carrément.
Mon chemin passait juste devant eux, à un ou deux mètres. Je les fixais d’un regard avide et envieux en m’approchant, mais au moment de les croiser j’ai détourné délicatement mon regard par pudeur. Je faisais semblant de taper un texto sur mon portable !
Etant mariée avec un homme peu démonstratif, et surtout jamais en public, je ne pouvais m’imaginer embrasser quelqu’un avec autant d’ardeur, en plein jour, sur la voie publique. Mais, la passion de ses deux jeunes m’a tellement donné envie de revoir mon amant, que maintenant je sais que moi aussi, je serais capable d’un tel acte de passion.
20 mars 2009
Une braguette pas trop cuite, s’il vous plaît
Je me suis arrêtée à la boulangerie ce matin, un grand commerce récemment rénové. La devanture est peinte en rouge vif brillant, et les immenses portes vitrées coulissantes s’ouvrent automatiquement à l’approche du client, tels des rideaux de scène qui dévoilent un beau spectacle. Le mécanisme est activé par un détecteur de mouvement, je suppose. Bon, ça ne colle pas avec mon image chérie et rétro d’un village français à la Jacques Tati, ou Astérix et Obélix (j’aimerais mieux une vielle porte en chêne très foncé, avec un poignet en fer forgé style rococo, garni de quelques toiles d’araignée), mais on ne peut rester luddite toute sa vie. Un peu de progrès technique ne fait pas de mal !
Sauf que, ce matin, les portes sont restées bloquées (fermées), et Madame la Boulangère m’a fait des gestes agités pour m’indiquer que je devais entrer par un passage étroit à côté. C’était légèrement gênant d’entrer par l’entrée de la famille, et de se retrouver aux entrailles de la boulangerie, derrière la caisse. A peine avait-elle commencé à s’occuper de moi, que trois autres clients sont arrivés pour rester bêtement devant les portes bloquées, et Madame était obligée de me quitter pour aller les chercher et les ramener à l’intérieur. Son agitation a fait monter de pointes rouges d’émotion sur son cou et ses joues. Monsieur le Boulanger luttait énergiquement avec une télécommande pour ouvrir les portes, mais en vain.
Le jeune boulanger apprenti, bien musclé, se mettait sur la pointe des pieds pour tenter d’activer les portes tout en haut. J’ai tourné mon œil admiratif vers le spectacle inattendu : du bout de ses doigts au-dessus de sa tête, tout le long de son corps qui s’efforçait avec vigueur, vers le splendide délinéament de ses cuisses et mollets, bien tracés sous son pantalon blanc, tellement il se tendait pour atteindre le haut des portes.
Madame la Boulangère a dû me parler deux fois, en levant la voix, pour me sortir de ma rêverie. Maintenant c’était moi qui avais des couleurs aux joues. J’ai réglé mon pain et je suis partie, en leur souhaitant « Bon courage » pour la journée. J’y repasserai ce soir, afin de vérifier si les portes fonctionnent à nouveau. J’aime bien ma boulangère et je suis une cliente gentille et bienveillante, après tout.
19 mars 2009
Satisfaite de mon lot(issement)
Quand nous nous sommes installés dans notre village à l’ouest de la région parisienne il y a treize ans, je croyais réaliser un rêve familial d’élever mes enfants dans un village moyen (4 000 habitants), sans les soumettre à la pollution et les stress d’une grande ville, et suffisamment près d’un grand bois pour pouvoir respirer de l’air propre et profiter de la verdure.
Ce n’était pas Paris, justement, donc ça risquait de manquer un peu de culture et des divertissements sophistiqués…
Mais ce n’était pas non plus un bled perdu dans un coin rustique de la France où il faudrait faire des kilomètres pour acheter une baguette ou prendre le train pour Paris.
Notre village serait donc un bon compromis entre les deux extrêmes.
Bien que le vieux centre ville ait gardé son caractère médiéval, avec une église datant du douzième siècle et un ou deux monuments historiques, nous avons trouvé une maison dans un quartier moderne, aux abords du village. Ce lotissement calme me plaisait, car l’absence de commerces représentait moins de circulation routière et quand j’ai vu des enfants qui jouaient avec un ballon de foot dans la rue, je me sentais rassurée. Cela représentait une scène de sécurité pour les enfants, scène qui me rappelait mon propre enfance, idyllique et confortable.
Je ne connais pas tout le monde du village, mais après une dizaine d’années ici, je connais beaucoup de gens. Je suis surtout la p’tite anglaise du village. A chaque fois que je sorte, je croise inévitablement ma voisine, la boulangère, le pauv’ (mais gentil) idiot du village, le président du club de badminton, et divers parents des amis de mes enfants. Quand je suis pressée ou en retard, c’est plutôt agaçant d’être obligée de saluer autant de gens et je me demande si ce serait plus simple de vivre de façon plus anonyme dans une grande ville.
Je me suis liée d’amitié avec certains. Je crois avoir trouvé ma place ici. Je ne serai jamais française entièrement, mais je me sens bien intégrée pour la plupart. J’ai pris en affection profonde la plupart des français de mon entourage et leurs coutumes.
Mes amis anglais et australiens m’imaginent en train de mener soit une vie « parisienne », soit une idylle rustique et écologique. Ils seraient déçus de savoir que la file d’attente au Super-U ressemble exactement à celle au Sainsburys ; patienter pendant plus d’une heure dans la salle d’attente chez le médecin avec des lépreux et autres contagieux n’a rien de très glamour ; et qu’il y a les mêmes problèmes de déchets jetés par terre, de désaccords avec les voisins, de grèves municipales, et des chiens écrasés aux infos le soir que dans n’importe quelle petite ville britannique !
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